Apenou : Défaire pour mieux renaître

Il est des étoffes qui ne recouvrent pas le corps mais l’âme elle-même. Des tissus qui, avant même d’être touchés, semblent avoir conservé dans leurs fibres le souvenir d’une main, d’un voyage, d’une absence peut-être. Chez Anepou, le textile n’est jamais matière inerte : il est mémoire vivante.

Dans son atelier baigné d’ombres chaudes et de couleurs profondes, les étoffes connaissent une seconde naissance. Ici, rien ne disparaît vraiment. Un fragment de pagne africain, un vêtement abandonné, une soie oubliée deviennent les vestiges précieux d’une renaissance lente et presque sacrée. Car l’artiste déconstruit avant de reconstruire, défait les fils comme on remonte le cours d’une existence, avec cette patience mélancolique que possèdent les êtres ayant compris que toute beauté durable naît d’une fracture.

Le nom qu’il s’est choisi Anepou, ancien nom égyptien d’Anubis n’a rien d’un hasard. Comme le dieu passeur, il accompagne les matières d’un monde vers un autre. Ses œuvres portent cette traversée intime : entre l’Afrique de son enfance, le Moyen-Orient de ses années d’exil volontaire et l’Europe contemporaine, parfois trop pressée pour écouter ce que racontent encore les mains.

Car chez Anepou, tout commence par le geste. Un geste répété, silencieux, obstiné. Il démonte les tissus fil après fil, refuse les procédés industriels, laisse les coutures apparentes comme des cicatrices revendiquées. Ses créations semblent alors respirer. Elles ondulent, vibrent, vivent presque sous le regard. Certaines évoquent des terres brûlées par le soleil, d’autres les coupoles turquoise aperçues au détour d’une ville orientale. Les rouges y sont intenses, les noirs profonds, les ocres infiniment sensuels.

Scientifique de formation, ancien ingénieur-chimiste, cet autodidacte a trouvé dans l’art une manière de réparer ce que le monde moderne défait trop souvent : le lien, la mémoire, la lenteur. Son œuvre entière repose sur cette idée simple et vertigineuse : rien n’est définitivement perdu.

Tentures monumentales, luminaires, textiles de mode, têtes de lit ou panneaux muraux… Anepou brouille les frontières entre artisanat d’art, design et création contemporaine. Mais au-delà des objets eux-mêmes, c’est une sensation qui demeure. Celle d’un art qui ne demande pas seulement à être regardé mais ressenti.

Comme si chaque fil portait encore la trace invisible d’une vie antérieure. Et qu’en les réunissant, l’artiste tentait, patiemment, de raccommoder le monde.


anepou.com

contact@anepou.com

06 72 91 88 52

3 rue Philippy, 34000 Montpellier


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