Art : le tissage éternel et multiculturel d’Anepou

Connaissez-vous Anepou ? Il s’agit du nom égyptien d’origine du dieu Anubis. Cette divinité de la momification, porteuse de la clé des morts, présidait à l’art d’enrouler les corps par l’assemblage de bandelettes finement tissées. Elle symbolisait la résurrection et la transition du voyage terrestre à l’au-delà spirituel. Un nom idéal pour un artiste qui souhaite exprimer le passage de l’ombre à la lumière…

De l’upcycling artistique

Anepou est un véritable autodidacte. De formation scientifique, ingénieur-chimiste dans la recherche pharmaceutique aujourd’hui à la retraite, il apprend tout seul à coudre. “J’ai toujours été un grand admirateur de l’art textile mondial, témoigne-t-il. Je trouvais dommage qu’il ne soit pas autant considéré que la peinture ou la sculpture, par exemple.” L’artisan commence par explorer l’univers des pigments et de l’enduit, pour le plaisir de la matière et du toucher. Rapidement, il se tourne vers l’art textile, pour son originalité et pour sa “fibre” écolo.

Le monde croule sous les déchets de l’industrie textile, déplore Anepou. Qu’à cela ne tienne : je récupère ces tissus et je les fais renaître sous une autre forme, à ma petite échelle.” En effet, il a imaginé un processus très spécial pour assembler les fils à la main. “Il s’agit d’une lente déconstruction fil par fil de tissus rejetés, abandonnés, pour leur redonner vie dans des tableaux, des tissus, des tapisseries… Une véritable résurrection, en somme. Presque un passage à l’immortalité.

Des racines profondes

Les matières utilisées ? sont surtout naturelles : coton, soie, cordes de papier, lin, fibres, graines…. “Au contraire de beaucoup d’artistes, je veux que mes œuvres soient touchées ! s’amuse Anepou. Un fluide invisible doit passer entre la création et le public. L’odorat joue aussi ; j’emploie du crin de cheval, des poils d’animaux, etc. L’art doit vivre sous tous les plans”, conclut-il.

Ce rapport sensoriel avec l’art, Anepou le tire sans aucun doute de son enfance en Afrique. Né en République centrafricaine, puis vivant jusqu’à l’âge de 17 ans au Moyen-Orient et d’autres pays, il a été marqué à jamais par “ces cultures, ces couleurs, ces odeurs”. L’ocre et les rouges de la terre, les bleus et les verts profonds des coupoles des mosquées iraniennes, les coloris vifs des marchés africains, des boubous et des wax…

On dit de moi que je suis un coloriste, car j’adore assembler les nuances, note l’Africain de cœur. Tout l’art consiste à combiner ensemble des teintes très fortes, presque violentes.”

Petit rappel des ethnies scarifiées, Anepou veille toujours à ce que les coutures soient apparentes dans ses œuvres. “J’ai été imprégné par tous mes sens par cette proximité avec les peuples africains et la nature, confirme-t-il. C’est ce que je veux reproduire dans mes compositions.

Se faire connaître du grand public

Fort des échos très positifs de ses proches face à son travail, Anepou a rapidement décidé de se consacrer pleinement à son art. Il organise souvent des expositions dans son atelier, place Sainte-Anne, dans un quartier historique de Montpellier. L’artiste a aussi une page Instagram active ; il invite son public à le contacter pour prévoir une visite de son showroom ou pour acheter une de ses œuvres.

Si certaines de ses pièces d’art sont visibles en galerie, l’homme préfère les musées et les collectivités. J’aimerais toucher un maximum de monde, pas seulement les habitués des galeries d’art”, souligne-t-il. Une exposition de six mois au Muséum d’histoire naturelle de Nîmes vient d’ailleurs de s’achever, avec un grand succès.

Toujours ouvert aux idées et aux nouveaux projets, Anepou réalise actuellement une série de tapisseries en hommage à Olga de Amaral, une artiste textile colombienne mondialement réputée. “Je travaille à sa façon, en cousant à la main des bandes de tissu en patchwork”, précise l’artisan.

Des collaborations avec des créateurs

Anepou ne réalise pas de commandes (“cela bride ma créativité”), mais est ouvert aux collaborations. Design de mode, accessoires, aménagement d’intérieur, confection de paravents, têtes de lit, luminaires… Tout est possible, ou presque. Il fabrique des pièces uniques tissées pour des créateurs, comme de magnifiques et originales robes de mariée. Toujours dans une démarche d’upcycling, il récupère également les fils des textiles au rebut que lui envoient de grandes maisons

L’artiste conclut avec optimisme : Le textile est éternel, il n’est pas immuable, on peut tirer les fils et refaire à l’infini. Je pense que c’est un vrai message d’espoir : il y a constamment moyen de rebondir !” Il ajoute : “C’est aussi le propre des artistes de se challenger et d’évoluer en permanence. Si l’on ne sort pas de sa zone de confort, on ne peut se prétendre comme tel.” Pas de doute, l’inspiration foisonnante d’Anepou n’est pas prête de s’épuiser…


anepou.com

contact@anepou.com

3 rue Philippy, 34000 Montpellier

06 72 91 88 52


Laisser un message

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *