
Chez MUSTACCHI, la peinture n’est jamais un simple geste inspiré. Elle procède d’une construction patiente, presque expérimentale, où la lumière, la couleur et la matière obéissent à des lois précises. Plasticien aux pratiques multiples peintre, graveur, vidéaste, musicien il revendique une approche rationnelle de l’art, nourrie par l’observation, l’étude et l’expérience, loin de l’idée romantique d’un artiste qui « peint comme il respire ».
La musique fut pourtant son premier langage. Avant la peinture, il y eut les sons, le rythme, la composition. Très jeune, il écrit, dessine, publie même des dessins humoristiques dans la presse, avant que la révélation picturale ne survienne, presque par hasard, à Chartres. Face aux vitraux baignés de lumière, il comprend que la peinture peut être une architecture de couleurs, un espace autonome fondé sur la transparence et l’intensité lumineuse. Il revient de ce jour-là peintre.
Ses influences sont assumées mais maîtrisées : Matisse pour la couleur, Bonnard pour la lumière des dernières périodes, Braque et Fernand Léger pour la construction et la puissance des formes. Picasso, rencontré au siècle dernier, l’impressionne mais l’incite aussi à la vigilance : trouver sa voie sans se laisser absorber par l’influence des géants. Cette exigence le conduit à un travail méthodique sur la composition, notamment à travers l’usage du nombre d’or, découvert d’abord par la musique avant d’être appliqué à la toile. MUSTACCHI mesure, vérifie, ajuste. L’équilibre n’est pas intuitif : il est construit.


Sa technique est mixte et complexe. Pigments, huiles, résines, vernis, parfois sable ou sciure viennent enrichir la matière. Mais surtout, les couleurs ne sont jamais mélangées chimiquement : elles se superposent par glacis, créant des mélanges optiques qui évitent toute altération dans le temps. Cette rigueur provient d’une connaissance approfondie de la chimie des couleurs et de leur compatibilité, acquise par l’étude des anciens pigments et de leurs réactions. Plus encore, MUSTACCHI s’intéresse au fonctionnement même de l’œil. Bâtonnets, perception rétinienne, fatigue chromatique : il observe comment le regard se comporte face à la couleur, comment une touche de jaune, placée avec précision, peut rééquilibrer une composition entière. Ses célèbres citrons en nature morte ne sont jamais anecdotiques : ils répondent à une nécessité visuelle. Aujourd’hui, sa création demeure résolument contemporaine. Attentats, aviation, grandes figures du XXᵉ et XXIᵉ siècle, automobiles, musique, orchestres : MUSTACCHI peint son époque avec la même exigence structurelle et la même obsession de la lumière. Ancré dans son siècle, il poursuit une œuvre où la science soutient l’émotion et où la maîtrise technique devient le socle d’une liberté plastique pleinement assumée.

Trop libre pour être sage, trop savant pour être naïf : MUSTACCHI appartient, sans demander la permission, aux grands peintres français.
raymond.mustacchi@sfr.fr


