Dans son atelier du Haut-Jura, à La Pesse, perché à plus de 1 200 mètres d’altitude, David Rodot, alias Dav Sculpture, vit entouré de troncs, d’outils et de lumière. Ici, le bois n’est pas un matériau : c’est une présence. Ancien constructeur de chalets, il a gardé du fustier la force des bras, le respect du vivant et la patience du geste. Mais depuis dix ans, c’est en sculptant qu’il s’exprime, transformant les troncs morts en figures habitées, à mi-chemin entre l’art et la nature.
Ses œuvres sont à son image : puissantes, sincères, profondément libres. Dav alterne entre grandes commandes publiques et créations plus intimes. Une Statue de la Liberté dressée au cœur d’un village, des aigles majestueux, des loups prêts à bondir, des visages de femmes au regard doux, des mains entrelacées, symbole d’unité… Chaque pièce porte une émotion, une trace d’humanité. Il sculpte à la tronçonneuse pour dégager les volumes, puis affine au ciseau, au fer à bois, jusqu’à retrouver le grain, la peau, la respiration du tronc.


Ce qu’il cherche avant tout ? La vérité du bois. Dav travaille sur croquis, ne copie rien : il observe la fibre, la fente, la courbe naturelle et laisse venir la forme. «Le bois a déjà tout en lui, il suffit d’écouter», dit-il. Cette écoute, il la pratique aussi avec ceux qui le sollicitent. Particuliers, mairies, associations : il prend le temps de comprendre leur attente, souvent en silence, puis propose une sculpture qui s’impose comme une évidence. « Ce que j’aime, c’est créer une émotion juste, pas faire joli. »
On l’appelle parfois pour “ressusciter un arbre” dans un parc : transformer un tronc malade ou abattu en œuvre vivante. Là où d’autres voient une perte, lui imagine une renaissance. « C’est une façon de prolonger la vie, de laisser une trace. » Dans les villages du Jura ou au détour d’un sentier, ses sculptures deviennent des repères, des présences amies. Les enfants les touchent, les promeneurs s’y arrêtent, les habitants s’y attachent.
David Rodot ne cherche ni la gloire ni la série. Il revendique sa liberté d’artisan-artiste, loin des effets de mode. « Je veux rester simple, proche de la matière, fidèle à ce qu’elle me dit. » Dans la lumière dorée de son atelier, le bruit sourd de la tronçonneuse alterne avec le silence. Sous ses mains, lentement, le bois retrouve une âme.


Un art sincère et vivant, à l’image du Jura : rude, authentique, mais traversé d’une émotion douce, presque spirituelle. Dav Sculpture, lui, ne taille pas seulement dans le bois, il extrait un peu d’éternité.


